Les amoureux des
Fables de l'illustre La Fontaine ont dévoré son Oeuvre.
Curieusement, " Le Dragon à plusieurs têtes et le
Dragon à plusieurs queues" laisse ses lecteurs devant un grand
point d'interrogation.
*
SOURCE ( issue de
FABLES par R.RADOUANT, voir la photographie ) : Ce récit se trouve,
attribué à Gengis-Khan, dans Paroles remarquables des Orientaux de
Galland p176. Mais on ne sait pas comment il a pu venir à la
connaissance de La Fontaine, l'ouvrage de Galland n'ayant paru
qu'en 1694.
*
Etrange ! Non
?
*
En effet, durant de
nombreuses années cette fable a été attribuée à des auteurs
fantaisistes ( Genghis Khan , voir source ci-dessus ...)
Certains ont même
prétendu qu'il s'agissait d'une pure création de La
Fontaine.
D'autes ont vu dans
le dragon à plusieurs têtes une allégorie représentant les coalisés
ligués contre Louis XIV, celui-ci étant dans l'hypothèse,
représenté par le dragon à plusieurs queues
Or, depuis quelques
temps , nous savons grâce aux travaux de Jacqueline Plantié que
notre fabuliste s'est inspiré d'un recueil de "facéties" de Louis
Garon ( "Le Chasse Ennuy ou l'Honnête Entretien des bonnes
compagnies", édité à Lyon en 1600 )
*
De toutes les
façons, c'est la première fois que la Fontaine fait apparaître des
orientaux dans une fable.
*
Le Dragon à plusieurs têtes et le dragon à
plusieurs queues.
*
Un envoyé du Grand Seigneur(1)
Préférait, dit l'histoire, un jour chez
l'Empereur,
Les forces de son maître à celle de l'Empire.
Un allemend se mit à dire:
"Notre prince a des dépendants(2)
Qui, dddde leur chef, sont si puissants
Que chacun d'eux pourrait soudoyer(3) une
armée."
Les chiaoux, homme de sens,
Lui dit : "Je sais par renommée(4)
Ce que chaque Electeur(5) peut de ce monde
fournir;
Et cela me fait souvenir
D'une aventure étrange, et qui pourtant est
vraie.
J'étais en un lieu sûr, lorsque je vis passer
Les cent têtes d'une hydre(6) au travers de la
haie.
Mon sang commence à se glacer;
Et je crois qu'à moins on s'effraie.
Je n'en eus toutefois que la peur sans le mal:
Jamais le corps de l'animal
Ne put venir vers moi, ni trouver d'ouverture.
Je rêvais à cette aventure,
quand un autre dragon, qui n'avait qu'un seul
chef,
Et bien plus d'une queue, à (7) passer se
présente.
me voici saisi derechef
D'étonnement et dépouvante.
Ce chef passe, et le corps, et chaque queue aussi
:
Rien ne les empêcha; l'un fit chemin (8) à
l'autre.
Je soutiens qu'il en est ainsi
De votre empereur et du nôtre (9).
*
Jean de La Fontaine
*
(1) c'est le sultan de
Contantinomple. Le chiaoux ou chaouch est son
envoyé
(2) expression de droit
féodal. Ces dépendants sont les Electeurs,ainsi appelés de ce
qu'ils avaient le privilège d'élire les empereurs d'allemagne.
C'étaient les Archevêques de Cologne, de Trèves, de Mayence,
l'électeur de Bavière, de Saxe, le margrave de Brandebourg et, à un
moment donné, le roi de Suède, presque tous pensionnés par la
France, et qui bien loin d'^tre dévoués à l'Empereur, avaient voté
à plus d'une reprise, un article lui interdisant de faire passer
ses troupes à travers leurs Etats pour secourir les Pays-Bas
espagnol, c'est-à-dire de faire la guerre à Loius XIV. Le jugement
du Chiaoux était donc pleinement justifié.
(3) C'est le sens
propre: "payer la solde des gens de guerre pour les
entretenir
(4) Le bruit qui court
dans le public
(5) Celui de Brandebourg
possédait une armée de 25 000 hommes, mais souvent mise au service
de la France
(6) Serpent d'eau et
aussi dragon
(7)grammaire
(8) la tête fraya la
route à la queue
(9) l'Empire au moment
de la guerre de Dévolution (1667)
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